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Tous les jours de 10h à 12h et de 14h à 18h.
Fermeture les mardis et jours fériés.
Attention : fermeture à 16h30 du 15 octobre au 15 mars.

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Les Charmettes, maison de Jean-Jacques Rousseau
890 Chemin des Charmettes
tél. 04 79 33 39 44
musees@mairie-chambery.fr

Exposition "Je ne suis pas à vendre"

Exposition "Je ne suis pas à vendre" 2009

Exposition Je ne suis pas à vendre
Exposition Je ne suis pas à vendreExposition Je ne suis pas à vendre

"Je ne suis pas à vendre" : Caractères de Rousseau 16 mai-31 décembre 2009

Le message de Rousseau est toujours actuel. Aujourd'hui le monde s'interroge sur les rapports entre la société et l'argent, entre les hommes et la richesse ou la pauvreté. Où est le vrai bonheur ? En jouant sur le mot « caractères », l'exposition fait parler les caractères typographiques de Rousseau, « cet esprit libre et républicain, ce caractère indomptable et fier » (Confessions), les textes sont mis en couleur et en espace par la graphiste, Fanette Mellier.

«Soyez bien sûre que ce ne sont pas des raisons d'intérêt qui me détermineront... Je ne refuse pas au reste d'écouter ce que vous avez à me dire, pourvu que vous vous souveniez que je ne suis pas à vendre. » Lettre de Rousseau à Madame d'Epinay, [vers le 10 mars 1756].

« Vous vous fiez à l'ordre actuel de la société sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables, et qu'il vous est impossible de prévoir ni de prévenir celle qui peut regarder vos enfants. Le grand devient petit, le riche devient pauvre, le monarque devient sujet : les coups du sort sont-ils si rares que vous puissiez compter d'en être exempt ? Nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions. Qui peut vous répondre de ce que vous deviendrez alors ? Tout ce qu'ont fait les hommes, les hommes peuvent le détruire: il n'y a de caractères ineffaçables que ceux qu'imprime la nature, et la nature ne fait ni princes, ni riches, ni grands seigneurs. » Rousseau, Emile ou de l'éducation, 1762

Le film Crésus de Jean Giono est diffusé en lien avec la thématique de l'exposition.

L'entrée est gratuite pour la visite de la maison, de l'exposition et du jardin.

Pour télécharger le petit journal de l'exposition

Voir des photos de l'exposition sur le site de Fanette Mellier

Cette année l'exposition "Je ne suis pas à vendre" Caractères de Rousseau est mise en couleur et en espace, dans les salles d'exposition et dans le jardin, par Fanette Mellier, jeune artiste-graphiste qui travaille à Paris et au Festival de graphisme de Chaumont

Exposition Je ne suis pas à vendre graphisme Fanette Mellier
Exposition Je ne suis pas à vendre graphisme Fanette Mellier et Marion PannierExposition Je ne suis pas à vendre graphisme Fanette Mellier et Marion Pannier
Exposition Je ne suis pas vendre Impression 1
Exposition Je ne suis pas vendre Impression 1Exposition Je ne suis pas vendre Impression 1

Exposition je ne suis pas à vendre Impression 2
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Rousseau et les petit savoyards (détail)
Rousseau et les petit savoyards (détail) Collection et photo Musées de ChambéryRousseau et les petit savoyards (détail) Collection et photo Musées de Chambéry

Quelques citations de Rousseau sur le thème de l'argent et des richesses

Rousseau et l'argent

Dans les œuvres autobiographiques de Rousseau, il est clair que sa destinée et son choix personnel ne le rangent pas parmi les nantis de son siècle et qu'il se situe perpétuellement dans la quête des vraies valeurs.
Dans la 9e promenade des Rêveries, Rousseau raconte une anecdote, où il montre qu'il existe deux usages de l'argent : « dans le malheureux temps » où il est « faufilé parmi les riches » à Montmorency, il assiste à une scène : des riches s'amusent à lancer du pain d'épice aux pauvres « et l'on prit tant de plaisir à voir tous ces manants se précipiter, se battre, se renverser pour en avoir... », « Quelle sorte de plaisir pouvait-on prendre à voir des troupeaux d'hommes avilis par la misère s'entasser, s'étouffer, s'estropier brutalement, pour s'arracher avidement quelques morceaux de pains d'épice foulés aux pieds et couverts de boue ? ». Il s'éloigne et voit des petits savoyards convoitant les pommes d'une marchande, il la paye et lui demande de les remettre aux enfants. Il dit que son « plaisir  désintéressé » « consistait moins dans un sentiment de bienfaisance que dans le plaisir de voir des visages contents. »
Rousseau est né d'une famille de classe moyenne. Il est mis en apprentissage chez un graveur, et  s'enfuit très tôt de Genève, il n'a que 16 ans, et rien pour subsister...
« Aucun de mes goûts dominants ne consiste en choses qui s'achètent. Il ne me faut que des plaisirs purs, et l'argent les empoisonne tous... Il en est ainsi de tous les plaisirs à ma portée ; s'ils ne sont gratuits, je les trouve insipides. J'aime les seuls biens qui ne sont à personne qu'au premier qui sait les goûter. Jamais l'argent ne me parut une chose aussi précieuse qu'on la trouve. Bien plus, il ne m'a même jamais paru fort commode: il n'est bon à rien par lui-même, il faut le transformer pour en jouir... On comprendra sans peine une de mes prétendues contradictions, celle d'allier une avarice presque sordide avec le plus grand mépris pour l'argent... Du reste, ne cherchez pas en moi le tic des avares, celui de dépenser pour l'ostentation ; tout au contraire, je dépense en secret et pour le plaisir : loin de me faire gloire de dépenser, je m'en cache... Si j'avais eu jamais un revenu suffisant pour vivre commodément, je n'aurais point été tenté d'être avare, j'en suis très sûr ; je dépenserais tout mon revenu sans chercher à l'augmenter : mais ma situation précaire me tient en crainte. J'adore la liberté ; j'abhorre la gêne, la peine, l'assujettissement. Tant que dure l'argent que j'ai dans ma bourse, il assure mon indépendance ; il me dispense de m'intriguer pour en trouver d'autre, nécessité que j'eus toujours en horreur; mais de peur de le voir finir, je le choie. L'argent qu'on possède est l'instrument de la liberté; celui qu'on pourchasse est celui de la servitude. Voilà pourquoi je serre bien et ne convoite rien. » (Confessions)
Rousseau, après sa fugue, est recueilli à 16 ans par Madame de Warens. En 1731, il la rejoint à Chambéry, en 1736 ils s'installent aux Charmettes. Il revient sur cette période fondamentale pour lui, dans la 10e promenade des Rêveries, ce sont les dernières lignes écrites avant sa mort : « J'ai besoin de me recueillir pour aimer. J'engageai maman à vivre à la campagne. Une maison isolée au penchant d'un vallon fut notre asile, et c'est là que dans l'espace de quatre ou cinq ans j'ai joui d'un siècle de vie et d'un bonheur pur et plein qui couvre de son charme tout ce que mon sort présent a d'affreux. J'avais besoin d'une amie selon mon cœur, je la possédais. J'avais désiré la campagne, je l'avais obtenue; je ne pouvais souffrir l'assujettissement, j'étais parfaitement libre, et mieux que libre, car assujetti par mes seuls attachements, je ne faisais que ce que je voulais faire. Tout mon temps était rempli par des soins affectueux ou par des occupations champêtres. Je ne désirais rien que la continuation d'un état si doux. Ma seule peine était la crainte qu'il ne durât pas longtemps, et cette crainte née de la gêne de notre situation n'était pas sans fondement. Dès lors je songeai à me donner en même temps des diversions sur cette inquiétude et des ressources pour en prévenir l'effet. Je pensai qu'une provision de talents était la plus sûre ressource contre la misère, et je résolus d'employer mes loisirs à me mettre en état, s'il était possible, de rendre un jour à la meilleure des femmes l'assistance que j'en avais reçue. »

Chez les riches

C'est dans ses rapports avec Madame d'Epinay, que l'on peut le mieux sentir la blessure intime de Rousseau. Elle l'héberge à Montmorency, et croit pouvoir le traiter comme son « ours » domestique dressé, son homme de compagnie, soumis car payé.
« Cette proposition m'a glacé l'âme. Que vous entendez mal vos intérêts de vouloir faire un valet d'un ami... Je ne suis point en peine de vivre ni de mourir : mais le doute qui m'agite cruellement, c'est celui du parti qui, durant ce qui me reste à vivre, peut m'assurer la plus parfaite indépendance... Soyez bien sûre que ce ne sont pas des raisons d'intérêt qui me détermineront, parce que je n'ai jamais craint que le pain vînt à me manquer, et qu'au pis aller je sais comment on s'en passe. Je ne refuse pas au reste d'écouter ce que vous avez à me dire, pourvu que vous vous souveniez que je ne suis pas à vendre, et que mes sentiments, au-dessus maintenant de tout le prix qu'on peut y mettre, se trouveraient bientôt au-dessous de celui qu'on y aurait mis... Je ne doute pas que votre cœur ne sente le prix de l'amitié... » Lettre à Madame d'Epinay, [vers le 10 mars 1756].

L'artiste et l'argent

Rousseau a toujours cherché à être indépendant pour pouvoir écrire librement  Il choisit donc de copier de la musique pour gagner sa vie et d'entamer une « réforme personnelle » complète de son mode de vie, pour « rompre en visière aux maximes de son siècle », ce siècle des Lumières où triomphent les sciences et les arts, le luxe et le commerce...
« Je crois avoir découvert de grandes choses et je les ai dites avec une franchise assez dangereuse, sans qu'il y ait beaucoup de mérite à tout cela, car mon indépendance a fait tout mon courage et de longues méditations m'ont tenu lieu de génie...Je sais fort bien que la peine que je prends est inutile, et je n'ai point dans mes exhortations le chimérique plaisir d'espérer la réformation des hommes : je sais qu'ils se moqueront de moi parce que je les aime et de mes maximes parce qu'elles leur sont profitables : je sais qu'ils n'en seront pas moins avides de gloire et d'argent quand je les aurai convaincus que ces deux passions sont la source de tous leurs maux, et qu'ils sont méchants par l'une et malheureux par l'autre : je suis très sûr qu'ils traiteront d'extravagance mon dédain pour ces objets de leur admiration et de leurs travaux : Mais j'aime mieux essuyer leurs railleries que de partager leurs fautes, et quoi qu'il en puisse être de leur devoir, le mien est de leur dire la vérité ou ce que je prends pour l'être : c'est à une voix plus puissante qu'il appartient de la leur faire aimer. » Préface de la seconde lettre à Bordes

La vraie richesse

« O providence ! O nature ! trésor du pauvre, ressource de l'infortune ; celui qui sent qui connaît vos saintes lois & s'y confie, celui dont le cœur est en paix & dont le corps ne souffre pas, grâce à vous n'est point tout entier en proie à l'adversité. Malgré tous les complots des hommes, tous les succès des méchants il ne peut être absolument misérable... Puisque les biens terrestres peuvent à chaque instant échapper en mille manières à celui qui croit les tenir: mais rien ne peut ôter ceux de l'imagination à quiconque sait en jouir. » Dialogues de Rousseau juge de Jean-Jacques

La symbiose du pouvoir et de l'argent

La démarche de Rousseau dans sa vie personnelle vis-à-vis de l'argent s'accompagne, et, pourrait-on dire, est le résultat de sa vision de la société, telle qu'il la dénonce dans ses œuvres plus théoriques ou de fiction.
« C'est l'argent et le pouvoir que Rousseau condamne sans rémission, et c'est leur symbiose qu'il blâme à haute et vive voix » Lee Jin-Yong, Rousseau et l'argent : une quête perpétuelle de la véritable valeur, Université de Nancy, 1993.
 « La querelle du luxe est bien plus qu'un débat sur une réalité socio-économique, le luxe : elle est une querelle à propos des avantages ou désavantages du commerce, des sciences, des arts et de la sociabilité pour un régime monarchique. Voltaire et Rousseau considèrent ces sujets dans leur relation à une question plus générale que celle du luxe et qui a une teneur essentiellement politique : qu'est-ce que le bonheur et quel est le meilleur moyen pour y parvenir  ?... Ce débat exprime une première tension intellectuelle fondamentale pour les Lumières : la tension entre une conception du bonheur centrée sur le commerce et une conception du bonheur alignée sur la vertu : Voltaire se soucie du bien-être individuel et justifie sa défense du luxe et du commerce en alléguant le besoin naturel du confort chez tout être humain. Or, le bonheur se mesure aussi, pour Voltaire, à l'aune de la grandeur de l'État et de la nation. Quant à Rousseau, il défend dans le Premier Discours la dimension individuelle du bonheur : les hommes simples peuvent puiser dans leur cœur les principes à suivre pour être heureux. Or, dans le Premier Discours, le bonheur du citoyen se réalise beaucoup plus dans la collectivité, l'égalité, l'amour de la famille et de la patrie, que dans sa propre personne. Selon Rousseau, c'est la vertu civique qui rend la plupart des hommes heureux en assurant l'érection de nations durables et libres. Pour les sages ou les hommes clairvoyants, leur bonheur ultime est de rendre les hommes ordinaires heureux... Si l'on observe les démocraties libérales contemporaines, on conclut d'abord que le parti de Voltaire, celui des philosophes, a marqué fortement l'époque : le luxe et le commerce sont en plein épanouissement ; les sciences et les arts n'ont jamais autant été à l'honneur ; la tolérance religieuse accompagnée d'une laïcisation de la société fait partie de nos Constitutions, mais aussi de nos mœurs. Ce qui est étonnant, c'est que la position adverse, le parti de la vertu représenté dans notre mémoire par Rousseau, a eu tout autant d'influence : l'authenticité, la confiance en la bonté innée de l'homme doublée d'une inquiétude face aux développements techno-scientifiques, de même que la progression de l'égalité politique et sociale, sont toutes des idées qui ont été reprises d'une façon ou d'une autre de Rousseau. » Rosemarie Allard, La querelle du luxe au XVIIIe siècle : Voltaire, Rousseau, et la question du bonheur, Université de Montréal, 2003

Des extraits du Discours sur l'inégalité, 1755

« Ces relations extérieures que le hasard produit plus souvent que la sagesse, et qu'on appelle faiblesse ou puissance, richesse ou pauvreté, les établissements humains paraissent au premier coup d'œil fondés sur des monceaux de sable mouvant. »
« Je conçois dans l'espèce humaine deux sortes d'inégalité; l'une, que j'appelle naturelle ou physique, parce qu'elle est établie par la nature, et qui consiste dans la différence d'âges, de la santé, des forces du corps et des qualités de l'esprit, ou de l'âme ; l'autre, qu'on peut appeler inégalité morale ou politique, parce qu'elle dépend d'une sorte de convention, et qu'elle est établie, ou du moins autorisée par le consentement des hommes. Celle-ci consiste dans les différents privilèges, dont quelques-uns jouissent, au préjudice des autres ; comme d'être plus riches, plus honorés, plus puissants qu'eux, ou même de s'en faire obéir. »
« Si ceux qui commandent valent nécessairement mieux que ceux qui obéissent... question bonne peut-être à agiter entre des esclaves entendus de leurs maîtres, mais qui ne convient pas à des hommes raisonnables et libres, qui cherchent la vérité. »
« De quoi s'agit-il donc précisément dans ce Discours ?... expliquer par quel enchaînement de prodiges le fort put se résoudre à servir le faible, et le peuple à acheter un repos en idée, au prix d'une félicité réelle. »
« Je voudrais bien qu'on m'expliquât quel peut être le genre de misère d'un être libre dont le cœur est en paix et le corps en santé. Je demande laquelle, de la vie civile ou naturelle, est la plus sujette à devenir insupportable à ceux qui en jouissent ? Qu'on juge donc avec moins d'orgueil de quel côté est la véritable misère. »
« Si l'on me répond que la société est tellement constituée que chaque homme gagne à servir les autres, je répliquerai que cela serait fort bien s'il ne gagnait encore plus à leur nuire. Il n'y a point de profit si légitime qui ne soit surpassé par celui qu'on peut faire illégitimement et le tort fait au prochain est toujours plus lucratif que les services. Il ne s'agit donc plus que de trouver les moyens de s'assurer l'impunité, et c'est à quoi les puissants emploient toutes leurs forces, et les faibles toutes leurs ruses. »
«  Le luxe, impossible à prévenir chez des hommes avides de leurs propres commodités et de la considération des autres, achève bientôt le mal que les sociétés ont commencé, et sous prétexte de faire vivre les pauvres qu'il n'eût pas fallu faire, il appauvrit tout le reste et dépeuple l'Etat tôt ou tard. Le luxe est un remède beaucoup pire que le mal qu'il prétend guérir ; ou plutôt, il est lui-même le pire de tous les maux, dans quelque Etat grand ou petit que ce puisse être, et qui, pour nourrir des foules de valets et de misérables qu'il a faits, accable et ruine le laboureur et le citoyen. Semblable à ces vents brûlants du midi qui, couvrant l'herbe et la verdure d'insectes dévorants, ôtent la subsistance aux animaux utiles et portent la disette et la mort dans tous les lieux où ils se font sentir. »
« Telles sont les causes sensibles de toutes les misères où l'opulence précipite enfin les nations les plus admirées. A mesure que l'industrie et les arts s'étendent et fleurissent, le cultivateur, méprisé, chargé d'impôts nécessaires à l'entretien du luxe et condamné à passer sa vie entre le travail et la faim, abandonne ses champs, pour aller chercher dans les villes le pain qu'il y devrait porter. Plus les capitales frappent d'admiration les yeux stupides du peuple, plus il faudrait gémir de voir les campagnes abandonnées, les terres en friche, et les grands chemins inondés de malheureux citoyens devenus mendiants ou voleurs et destinés à finir un jour leur misère sur la roue ou sur un fumier. C'est ainsi que l'Etat, s'enrichissant d'un côté, s'affaiblit et se dépeuple de l'autre »
« D'un autre côté, de libre et indépendant qu'était auparavant l'homme, le voilà par une multitude de nouveaux besoins assujetti, pour ainsi dire, à toute la nature, et surtout à ses semblables dont il devient l'esclave en un sens, même en devenant leur maître ; riche, il a besoin de leurs services ; pauvre, il a besoin de leur secours. En un mot, concurrence et rivalité d'une part, de l'autre opposition d'intérêt, et toujours le désir caché de faire son profit aux dépens d'autrui, tous ces maux sont le premier effet de la propriété et le cortège inséparable de l'inégalité naissante. »
« Les riches de leur côté connurent à peine le plaisir de dominer, qu'ils dédaignèrent bientôt tous les autres, et se servant de leurs anciens esclaves pour en soumettre de nouveaux, ils ne songèrent qu'à subjuguer et asservir leurs voisins ; semblables à ces loups affamés qui ayant une fois goûté de la chair humaine rebutent toute autre nourriture et ne veulent plus que dévorer des hommes. »
« L'égalité rompue fut suivie du plus affreux désordre : c'est ainsi que les usurpations des riches, les brigandages des pauvres, les passions effrénées de tous étouffant la pitié naturelle, et la voix encore faible de la justice, rendirent les hommes avares, ambitieux et méchants. »
« Ignorez-vous qu'une multitude de vos frères périt, ou souffre du besoin de ce que vous avez de trop ? »
« Telle fut, ou dut être, l'origine de la société et des lois, qui donnèrent de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces au riche, détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixèrent pour jamais la loi de la propriété et de l'inégalité, d'une adroite usurpation firent un droit irrévocable, et pour le profit de quelques ambitieux assujettirent désormais tout le genre humain au travail, à la servitude et à la misère »
« Que ces mots de fort et de faible sont équivoques dans le second cas ; que dans l'intervalle qui se trouve entre l'établissement du droit de propriété ou de premier occupant, et celui des gouvernements politiques, le sens de ces termes est mieux rendu par ceux de pauvre et de riche »

« Il s'agit premièrement de pourvoir au nécessaire, et puis au superflu ; ensuite viennent les délices, et puis les immenses richesses, et puis des sujets, et puis des esclaves.»
« Si nous suivons le progrès de l'inégalité dans ces différentes révolutions, nous trouverons que l'établissement de la loi et du droit de propriété fut son premier terme ; l'institution de la magistrature le second, que le troisième et dernier fut le changement du pouvoir légitime en pouvoir arbitraire ; en sorte que l'état de riche et de pauvre fut autorisé par la première époque, celui de puissant et de faible par la seconde, et par la troisième celui de maître et d'esclave, qui est le dernier degré de l'inégalité, et le terme auquel aboutissent enfin tous les autres, jusqu'à ce que de nouvelles révolutions dissolvent tout à fait le gouvernement, ou le rapprochent de l'institution légitime. »

« L'on voit une poignée de puissants et de riches au faîte des grandeurs et de la fortune, tandis que la foule rampe dans l'obscurité et dans la misère, c'est que les premiers n'estiment les choses dont ils jouissent qu'autant que les autres en sont privés, et que, sans changer d'état, ils cesseraient d'être heureux, si le peuple cessait d'être misérable. »
« Vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. »

Un extrait du Discours sur les richesses, écrit vers 1746-1756 et publié en 1853

« Il voit sans pitié ces malheureux, accablés de travaux continuels, en tirer à peine un pain sec et noir qui sert à prolonger leur misère. Il ne trouve point étrange que le profit soit en raison inverse du travail, et qu'un fainéant dur et voluptueux s'engraisse de la sueur d'un million de misérables épuisés de fatigue et de besoin. C'est leur état, dit-il, ils y sont nés... Il ne saurait comprendre qu'on puisse vivre dans un pays où il n'y a point d'honnêtes riches qui sucent charitablement le sang du peuple. »

Des extraits du Discours sur l'économie politique publié par Rousseau dans l'Encyclopédie de Diderot en 1755

« Loin que le chef ait un intérêt naturel au bonheur des particuliers, il ne lui est pas rare de chercher le sien dans leur misère. »
« C'est donc une des plus importantes affaires du gouvernement, de prévenir l'extrême inégalité des fortunes, non en enlevant les trésors à leurs possesseurs, mais en ôtant à tous les moyens d'en accumuler, ni en bâtissant des hôpitaux pour les pauvres, mais en garantissant les citoyens de le devenir. »
« Si le peuple se gouvernait lui-même, & qu'il n'y eût rien d'intermédiaire entre l'administration de l'état & les citoyens, ils n'auraient qu'à se cotiser dans l'occasion, à proportion des besoins publics & des facultés des particuliers; & comme chacun ne perdrait jamais de vue le recouvrement ni l'emploi des deniers, il ne pourrait se glisser ni fraude ni abus dans leur maniement : l'état ne serait jamais obéré de dettes, ni le peuple accablé d'impôts, ou du moins la sûreté de l'emploi le consolerait de la dureté de la taxe. Mais les choses ne sauraient aller ainsi; & quelque borné que soit un état, la société civile y est toujours trop nombreuse pour pouvoir être gouvernée par tous ses membres. Il faut nécessairement que les deniers publics passent par les mains des chefs, lesquels, outre l'intérêt de l'état, ont tous le leur particulier, qui n'est pas le dernier écouté. Le peuple de son côté, qui s'aperçoit plutôt de l'avidité des chefs & de leurs folles dépenses, que des besoins publics, murmure de se voir dépouiller du nécessaire pour fournir au superflu d'autrui, & quand une fois ces manœuvres l'ont aigri jusqu'à certain point, la plus intègre administration ne viendrait pas à bout de rétablir la confiance. »
« Celui qui n'a que le simple nécessaire, ne doit rien payer du tout; la taxe de celui qui a du superflu, peut aller au besoin jusqu'à la concurrence de tout ce qui excède son nécessaire. A cela il dira qu'eu égard à son rang, ce qui serait superflu pour un homme inférieur, est nécessaire pour lui; mais c'est un mensonge: car un Grand a deux jambes, ainsi qu'un bouvier, & n'a qu'un ventre non plus que lui. »
« Un troisième rapport qu'on ne compte jamais, et qu'on devrait toujours compter le premier, est celui des utilités que chacun retire de la confédération sociale, qui protège fortement les immenses possessions du riche, et laisse à peine un misérable jouir de la chaumière qu'il a construite de ses mains. Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissants & les riches ? Tous les emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls ? Toutes les grâces, toutes les exemptions ne leur sont-elles pas réservées? & l'autorité publique n'est elle pas toute en leur faveur?...Que le tableau du pauvre est différent ! plus l'humanité lui doit, plus la société lui refuse : toutes les portes lui sont fermées . »
« L'argent est la semence de l'argent, et la première pistole est quelquefois plus difficile à gagner que le second million. Il y a plus encore : c'est que tout ce que le pauvre paye, est à jamais perdu pour lui, et reste ou revient dans les mains du riche; et comme c'est aux seuls hommes qui ont part au gouvernement, ou à ceux qui en approchent, que passe tôt ou tard le produit des impôts, ils ont, même en payant leur contingent, un intérêt sensible à les augmenter. Résumons en quatre mots le pacte social des deux états. Vous avez besoin de moi, car je suis riche et vous êtes pauvre; faisons donc un accord entre nous: je permettrai que vous ayez l'honneur de me servir, à condition que vous me donnerez le peu qui vous reste, pour la peine que je prendrai de vous commander. »

Des extraits du texte «Si j'étais riche » dans Emile ou de l'éducation, publié en 1762

« De même, si j'étais riche, j'aurais fait tout ce qu'il faut pour le devenir; je serais donc insolent et bas, sensible et délicat pour moi seul, impitoyable et dur pour tout le monde, spectateur dédaigneux des misères de la canaille, car je ne donnerais plus d'autre nom aux indigents, pour faire oublier qu'autrefois je fus de leur classe. Enfin je ferais de ma fortune l'instrument de mes plaisirs, dont je serais uniquement occupé ; et jusque-là je serais comme tous les autres. »
« Le premier usage de ma richesse serait d'en acheter du loisir et la liberté, à quoi j'ajouterais la santé, si elle était à prix ; mais comme elle ne s'achète qu'avec la tempérance, et qu'il n'y a point sans la santé de vrai plaisir dans la vie, je serais tempérant par sensualité. »
« Rien n'est plus insipide que les primeurs; ce n'est qu'à grands frais à que tel riche de Paris, avec ses fourneaux et ses serres chaudes, vient à bout de n'avoir sur sa table toute l'année que de mauvais légumes et de mauvais fruits. Si j'avais des cerises quand il gèle, et des melons ambrés au cœur de l'hiver, avec quel plaisir les goûterais-je, quand mon palais n'a besoin d'être humecté ni rafraîchi ? Dans les ardeurs de la canicule, le lourd marron me serait-il fort agréable? Le préférerais-je sortant de la poêle, à la groseille, à la fraise et aux fruits désaltérants qui me sont offerts sur la terre sans tant de soins? Couvrir sa cheminée au mois de janvier de végétations forcées, de fleurs pâles et sans odeur, c'est moins parer l'hiver que déparer le printemps : c'est s'ôter le plaisir d'aller dans les bois chercher la première violette, épier le premier bourgeon, et s'écrier dans un saisissement de joie : Mortels, vous n'êtes pas abandonnées, la nature vit encore. »
« Fût-on plus puissant qu'Alexandre et plus riche que Crésus, on ne doit recevoir des autres que les services qu'on ne peut tirer de soi. »
« Tout n'est-il pas au riche quand il veut jouir? Ubi bene, ibi patria ; c'est là sa devise; ses lares sont les lieux où l'argent peut tout, son pays est partout où peut passer son coffre-fort. »
« Le seul lien de mes sociétés serait l'attachement mutuel, la conformité des goûts, la convenance des caractères; je m'y livrerais comme homme et non comme riche ; je ne souffrirais jamais que leur charme fût empoisonné par l'intérêt. Si mon opulence m'avait laissé quelque humanité, j'étendrais au loin mes services et mes bienfaits ; mais je voudrais avoir autour de moi une société et non une cour, des amis et non des protégés ; je ne serais point le patron de mes convives, je serais leur hôte. L'indépendance et l'égalité laisseraient à mes liaisons toute la candeur de la bienveillance ; et où le devoir ni l'intérêt n'entreraient pour rien, le plaisir et l'amitié feraient seuls la loi. On n'achète ni son ami ni sa maîtresse. Il est aisé d'avoir des femmes avec de l'argent; mais c'est le moyen de n'être jamais l'amant d'aucune. Loin que l'amour soit à vendre, l'argent le tue infailliblement. Quiconque paye, fût-il le plus aimable des hommes, par cela seul qu'il paye, ne peut être longtemps aimé. »
« Comme je serais peuple avec le peuple, je serais campagnard aux champs; et quand je parlerais d'agriculture, le paysan ne se moquerait pas de moi. Je n'irais pas me bâtir une ville en campagne, et mettre au fond d'une province les Tuileries devant mon appartement. Sur le penchant de quelque agréable colline bien ombragée, j'aurais une petite maison rustique, une maison blanche avec des contrevents verts; et quoique une couverture de chaume soit en toute saison la meilleure, je préférerais magnifiquement, non la triste ardoise, mais la tuile, parce qu'elle a l'air plus propre et plus gai que le chaume, qu'on ne couvre pas autrement les maisons dans mon pays, et que cela me rappellerait un peu l'heureux temps de ma jeunesse. J'aurais pour cour une basse-cour, et pour écurie une étable avec des vaches, pour avoir du laitage que j'aime beaucoup. J'aurais un potager pour jardin, et pour parc un joli verger semblable à celui dont il sera parlé ci-après. Les fruits, à la discrétion des promeneurs, ne seraient ni comptés ni cueillis par mon jardinier; et mon avare magnificence n'étalerait point aux yeux des espaliers superbes auxquels à peine on osât toucher. Or, cette petite prodigalité serait peu coûteuse, parce que j'aurais choisi mon asile dans quelque province éloignée où l'on voit peu d'argent et beaucoup de denrées, et où règnent l'abondance et la pauvreté. »
« Si j'avais l'honneur d'être prince, tout cela ne me toucherait guère; mais moi, nouveau parvenu, nouveau riche, j'aurais le cœur encore un peu roturier. »
« Encore un coup, les plaisirs exclusifs sont la mort du plaisir. Les vrais amusements sont ceux qu'on partage avec le peuple; ceux qu'on veut avoir à soi seul, on ne les a plus. Si les murs que j'élève autour de mon parc m'en font une triste clôture, je n'ai fait à grands frais que m'ôter le plaisir de la promenade: me voilà forcé de l'aller chercher au loin. Le démon de la propriété infecte tout ce qu'il touche. Un riche veut être partout le maître et ne se trouve bien qu'où il ne l'est pas: il est forcé de se fuir toujours. Pour moi, je ferai là-dessus dans ma richesse, ce que j'ai fait dans ma pauvreté. Plus riche maintenant du bien des autres que je ne serai jamais du mien, je m'empare de tout ce qui me convient dans mon voisinage: il n'y a pas de conquérant plus déterminé que moi; j'usurpe sur les princes mêmes; je m'accommode sans distinction de tous les terrains ouverts qui me plaisent; je leur donne des noms; je fais de l'un mon parc, de l'autre ma terrasse, et m'en voilà le maître; dès lors, je m'y promène impunément; j'y reviens souvent pour maintenir la possession; j'use autant que je veux le sol à force d'y marcher; et l'on ne me persuadera jamais que le titulaire du fonds que je m'approprie tire plus d'usage de l'argent qu'il lui produit que j'en tire de son terrain. Que si l'on vient à me vexer par des fossés, par des haies, peu m'importe; je prends mon parc sur mes épaules, et je vais le poser ailleurs; les emplacements ne manquent pas aux environs, et j'aurai longtemps à piller mes voisins avant de manquer d'asile. Voilà quelque essai du vrai goût dans le choix des loisirs agréables : voilà dans quel esprit on jouit ; tout le reste n'est qu'illusion, chimère, sotte vanité. Quiconque s'écartera de ces règles, quelque riche qu'il puisse être, mangera son or en fumier, et ne connaîtra jamais le prix de la vie. On m'objectera sans doute que de tels amusements sont à la portée de tous les hommes, et qu'on n'a pas besoin d'être riche pour les goûter. C'est précisément à quoi j'en voulais venir. On a du plaisir quand on en veut avoir: c'est l'opinion seule qui rend tout difficile, qui chasse le bonheur devant nous; et il est cent fois plus aisé d'être heureux que de le paraître. L'homme de goût et vraiment voluptueux n'a que faire de richesse ; il lui suffit d'être libre et maître de lui. Quiconque jouit de la santé et ne manque pas du nécessaire, s'il arrache de son cœur les biens de l'opinion, est assez riche; c'est l'aurea mediocritas d'Horace. Gens à coffres-forts, cherchez donc quelque autre emploi de votre opulence, car pour le plaisir elle n'est bonne à rien. Emile ne saura pas tout cela mieux que moi ; mais, ayant le cœur plus pur et plus sain, il le sentira mieux encore, et toutes ses observations dans le monde ne feront que le lui confirmer. »

Pour en savoir plus

Textes de Rousseau en lien avec les thématiques de l'exposition

Quelques articles en lien avec les thématiques de l'exposition dans l'Encyclopédie de Diderot (XVIIIe siècle)

Deux articles en lien avec les thématiques de l'exposition dans l'Encyclopédie Agora (Québec, XXe-XXIe siècles)

Quelques-uns des ouvrages ou articles sur Rousseau et l'argent :

  • Lee, Jing-yong, Rousseau et l'argent. Une quête perpétuelle de la véritable valeur, Thèse de doctorat de Littérature française dirigée par Roger Marchal, Université de Nancy II, 1993.
  • Pignol, Claire, « Rousseau et l'argent : autarcie et division du travail dans La Nouvelle Héloïse » dans : Art et argent en France au temps des premiers Modernes (XVIIe et XVIIIe siècles) éd. par Martial Poirson, Oxford, Voltaire Foundation, 2004, p.262-274.
  • O'Neal, John C., "R's theory of wealth", History of European Ideas, 5, 1986, p. 453-467. Repris dans son livre: Changing Minds. The shifting Perception of Culture in eighteenth-century France, Newark, University of Delaware Press, 2002, Chapitre 6.
  • Hénaff, Marcel, Rousseau et l'économie politique : « système rustique » et « système de finances » , Études françaises, vol. 25, n° 2-3, 1989, p. 103-128.
    http://www.erudit.org/revue/etudfr/1989/v25/n2-3/035787ar.pdf 

Pédagogie

Imprimerie et graphisme

Remerciements pour cette exposition

Fanette Mellier, artiste-graphiste, Paris ; Marion Pannier, assistante
Direction Régionale des Affaires culturelles Rhône-Alpes, Ministère de la Culture
Délégation Académique à l'Action culturelle de l'Académie de Grenoble ;
Lézard graphique, Strasbourg ; Imprimerie Poncet, Chambéry ;
Bibliothèque publique et universitaire, Genève ; Bibliothèque publique et universitaire, Neuchâtel ; Bibliothèque cantonale et universitaire, Lausanne ; Bibliothèque Nationale de France, Paris ; Bibliothèque de la Fondation Taylor, Université d'Oxford ; Google Books.
Musée Rousseau, Montmorency ;
ATILF, CNRS Nancy ; ARTFL, Université de Chicago ;
Benoît Bock, photographe et botaniste, Photoflora/Réseau Télébotanica ;
Jacques Mény, directeur de la Maison des Amis de Jean Giono à Manosque ; Ciné Génération, Paris ; Michel Duchet, Eurofrance Films, Paris ;
Alexandra Tardy, comédienne, Chambéry ;
collectionneurs privés